. L'ÎLE SATORI

L'île satori

vidéo et composition électroacoustique - 6"10
2023

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Présentation générale de l'œuvre

À partir de ma peinture à l’encre, je travaille actuellement sur l'interface entre les médias de création et les disciplines artistiques. Par une mise en abîme des médias, j'ai réalisé cette vidéo partant de deux de mes œuvres à l'encre réalisées sur la musique de Solitaire, composition musicale électroacoustique d'Arne Nordheim (1). 

Le montage vidéo traite la surface de l'œuvre peinte comme une cartographie, comme un paysage vu du ciel, ce qui résonne avec ma technique picturale venue du Japon, à plat au sol, par un survol de la surface et un mouvement de va-et-vient, rapprochement, éloignement.  
À partir de l'œuvre d'Arne Nordheim, par un traitement approfondi des sons contenus dans la pièce traités comme sons concrets, échantillonnage, filtrage, transformation, j'ai composé une pièce électroacoustique originale où l'on ne peut plus déceler l'œuvre première, tout comme mon œuvre à l'encre disparaît dans le traitement vidéo. 
Il s'agit d'un travail sur la matière première et sa transformation, résonnant avec le thème de l'œuvre expliqué ci-après. 

 Le titre est une anagramme de Solitaire : île satori. Il s'agit d'une référence au Japon où j'ai reçu ma formation picturale, mais aussi à la dimension méditative qui caractérise la pièce. Outre la référence à l'archipel, l'idée d'île évoque un havre de calme. De plus, le terme satori en japonais se traduit littéralement par « compréhension ». Si dans le bouddhisme zen, ce terme peut s'entendre comme le concept d'éveil, la dimension qui paraît importante au regard du thème de la vidéo est plutôt l'idée de « compréhension directe », non intellectuelle, mais émotionnelle, perceptive et intuitive d'une réalité, si l'on suit l'analyse du philosophe D.T. Suzuki (2). 


L'île satori : une abstraction écologique 

L'œuvre se présente comme un voyage à travers un paysage vu de hauteur d'oiseau en vol. Elle comporte une référence implicite au photographe Edward Burtynsky, qui documente depuis plusieurs décennies l’intrusion humaine dans l’équilibre écologique à travers des images vues d'avion de paysages industriels d'une étrange et paradoxale beauté abstraite. 

La vidéo se déploie en plusieurs temps. Tout d'abord, le spectateur semble s'éloigner lentement d'un couloir obscur bordé de rideaux pâles, puis peu à peu, le noir mouvant se révèle être une volute, avant que le regard, débarrassé d'un flou qu'il n'identifiait pas, découvre des éclaboussures d'encre évoquant une explosion ou un cataclysme. Cette première partie s'interprète comme un voyage à travers le flou causé par le discours contemporain qui vient brouiller la lisibilité de la nature et s'opposer à son appréhension directe par sa promotion d'une consommation débridée associée à une domestication forcée de la faune et de la flore. 

Un peu plus loin, un autre brouillage, numérique cette fois, fait écho à la façon dont la vision techniciste nous a éloignés d'une appréhension directe (voir l'idée de satori) de notre environnement. Écho, ici, notamment à l'omniprésence des écrans dans leur fonction d'éloignement d'une perception directe du réel. L'émergence d'une hélice d'ADN au sein du brouillage numérique laisse entendre que la force du vivant lui permet de faire retour en dépit de la tentative d'effacement qu'opère sur lui la technologie. 

Par ailleurs, la vidéo joue sur le noir et blanc qui fait un écho symbolique à deux dimensions de désastre écologique qui touchent les éléments -thème récurrent dans mon travail artistique. Tout d'abord, pour la contamination de l'élément eau, les marées noires, telle celle de la catastrophe de l'Amoco Cadiz, qui a imprégné de pétrole les océans de mon enfance. Celles-ci sont symbolisées par le mouvement de liquide noir, ondulant et huileux, au milieu de la vidéo. 
Ensuite, les fumées de monoxyde de carbone ou d'hydrocarbures, reflétées par la sorte d'immense nuage obscur dont l'image se dégage lentement vers la fin de la vidéo. 
L'œuvre se termine par un chemin de nuages : par leur dissolution progressive dans le blanc, il éclaire d'espoir le thème traité en misant sur les effets, au bout du chemin, d'une prise de conscience collective. 

La pièce se veut immersive, méditative, atmosphérique et nécessite une projection dans un environnement calme, propice à ce que le spectateur expérimente ces dimensions et en ressorte lui-même transformé. 

(1) Arne Nordheim, Solitaire (1968) CD Label Rune Grammofon 

(2) D.T. Suzuki Essais sur le bouddhisme zen, 3T, Albin Michel, 2003.